C’est ce jeudi 30 octobre 2025 que l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA) a publié son dernier rapport sur le marché européen du gaz naturel liquéfié (GNL).
Le document dresse un constat paradoxal : l’Europe a massivement investi dans de nouvelles infrastructures pour compenser la chute des livraisons russes, mais la demande de gaz recule déjà.

Terminal méthanier

Une croissance d’infrastructures désormais excessive

Entre 2022 et 2025, la capacité européenne de regazéification a bondi : +13 % en 2023, +8 % en 2024, et encore +2 % attendus en 2025. Ces extensions incluent de nouveaux terminaux flottants (FSRU) en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie et en France.
Mais selon l’IEEFA, cette expansion arrive au moment où la consommation de gaz baisse structurellement : l’Union européenne anticipe un recul d’environ 15 % d’ici 2030, porté par la transition énergétique, les politiques d’efficacité et la baisse de la demande industrielle.

Un déséquilibre économique préoccupant

L’institut alerte sur une surréaction post-crise : la capacité totale de GNL pourrait atteindre trois fois la demande effective à horizon 2030.
Résultat : plusieurs terminaux fonctionnent déjà à moins de 55 % de taux d’utilisation, avec des coûts fixes élevés supportés par les États et les consommateurs.
En France, l’exemple du terminal flottant du Havre, dont le retrait a été ordonné par la justice en octobre 2025 faute d’activité suffisante, illustre cette problématique.

Une dépendance géographique en mutation

Malgré la volonté d’indépendance vis-à-vis de la Russie, 57 % du GNL importé en Europe au premier semestre 2025 provenait des États-Unis, tandis que les volumes russes ont paradoxalement progressé de +2 %.
L’Europe a donc diversifié ses routes, mais sans réduire autant que prévu sa dépendance à quelques fournisseurs dominants.

Vers un nouveau modèle d’approvisionnement

L’IEEFA plaide pour un recentrage des politiques énergétiques : moins de nouveaux terminaux, davantage de coopération entre États membres et une agrégation européenne des achats de gaz pour mutualiser la demande et éviter les doublons coûteux.
Le rapport insiste aussi sur la nécessité d’anticiper une baisse durable du gaz dans le mix énergétique, afin de ne pas se retrouver avec des infrastructures obsolètes avant même d’avoir été rentabilisées.

En Résumer

L’Europe a trop construit, trop vite.
La chute attendue de la demande d’ici 2030 risque de transformer les terminaux GNL en actifs sous-utilisés.
L’enjeu n’est plus seulement d’assurer la sécurité d’approvisionnement, mais d’éviter la surcapacité structurelle qui pèserait durablement sur les coûts de l’énergie.

Source

Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA)
“Europe’s LNG build-out slows amid anticipated decline in gas demand”, publié le 30 octobre 2025

https://ieefa.org/articles/europes-lng-buildout-slows-amid-anticipated-decline-gas-demand?

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